mercredi 13 mai 2009

drogue



A la fête aux amandes,
tu n'es pas venue

J'ai vu le monde blasé dans sa complainte de lassitude
vendre de la poudre pour les yeux du néant

A la belle de lune,
tu n'es pas venue

J'ai senti à la veine bleutée du poignet
glisser le liquide pétrifiant de tes jeunes saisons

A la croisée de terre,
tu n'es pas venue

J'ai entendu les rêves postiches récurer ta cervelle
et griller tes dix huit ans de leurs fausses dorures

A l'aube des pervenche,
tu n'es pas venue

J'ai touché à la fragance des cendres
la nuit spirale de toutes tes errances

A la poussée de ma rage,
Je tords de mes deux poings la mort au rire aigre
qui couche au chaud de ton sein sa parure de décomposition

Petits plaisirs du jour


Un petit flocon de
Un' petit' mousse de
Un' petit' laine de
Un tout léger flocon floche de
Nuages
Un' petit' corne de
Un' petit' ronde de
Un' petit' blanche de
Un' douce petite brume de
Lune
Un petit recoin de
Un petit détour de
Un petit tintoin de
Une grande éclaboussure de
Soleil
Un petit courant de
Un p'tit panache de
Un petit passe-passe de
Un envol tourbillonnant de
Vent
Un' petit trace de
Un' petit' route de
Un' petit' toile de
Une fraîche saupoudrure de
Pluie
Au dérapage de la corne
Au recoin de la trace
Au détour de la mousse
A la brume de la pousse
Dans son tout doux cocon nuage s'endort
La ribambelle des tout petits plaisirs du jour

Attente au jardin



Il existe et je l’ai vu
Un coin de terre vivant de hautes herbes
Comme un ailleurs, un autrefois visité.
Un sentier à la largeur de mes deux pieds
Une plaque de liège en travers
S’asseoir.
Les grappes de graines en faisceaux verts balayent le ciel
Courent les nuages sous leur pinceau ,
tu sais?
Au-dessus de ma tête
L’odeur du frais de l’herbe

Les doigts fouillent la terre, humide
La terre colle aux doigts
La terre glisse sous les ongles,
Juste là où il ne faut pas,
ça fait sale,
on dit
Et je sais que je ne les brosserai pas
En tout cas pas tout de suite, j’attendrai
Je cacherai mes mains dans mes poches
J’en respirerai encore ce soir le parfum
Comme le sel de mer à la nuit des plages,
Je dis.
Le regard flotte, un peu là-haut
Deux fuseaux noirs, des martinets,
Non, deux ventres blancs et la joie des premières hirondelles

Une autre plaque de liège, en long
La largeur de deux autres pieds
Deux autres mains, rugueuses,
Un fond de bouteille coupé
Des fils dans la terre, encore emprisonnés
Deux feuilles minuscules au bout de chaque fil
Tomates ananas, Cœurs de bœuf, noires de Crimée, et…
j’ai oublié

Les deux autres mains séparent fil à fil , précision et douceur
Le temps ne se mesure plus, il coule à l’eau du ruisseau
Un bâton pour ouvrir un passage dans un pot plus grand
Le vent d’Espagne souffle chaud, il pleuvra demain
Les pots préparés s'alignent sagement
Quelques gouttes d’eau, ne pas déplacer les racines
Retour à la nursery.
Pour la pleine terre,
Attendre encore un peu

Je ferme les yeux.
J’ai la mémoire à odeur de feuilles de tomates froissées
Le jus coule et éclabousse les joues au croquer franc
Dents pleines dans la chair rouge et tiédie du soleil d’été
Attendre encore un peu


Les sillons, dans le jardin, ne pas écraser
Les pommes de terre déplient leurs pousses tendres
Balancement de grappes jaunes , colza aérien?
Non, les graines à venir pour les navets jaunes
Si tendres l’hiver, avec les carottes et les petits poireaux
Je me pose sur le bord du bassin, en forme d’escargot,
Ou de sein retourné quand il est vide,
Tu dis
Une planche de liège flotte, bouée pour écureuils imprudents
Je cueille quelques feuilles de menthe verte,
Parfum au thé vert du matin
Et la menthe coq , je confonds avec l’oseille

Je retourne quelques fraises, leur posé au sol est encore clair
Attendre encore un peu
Les petits pois sucrent sous la peau, croquer quelques grains
Attendre encore un peu
Le cerisier tend quelques fruits verts au-dessus des iris
Attendre encore un peu

Un pont de roseaux liés de rouge, tuteurs
Pour les haricots roses et blancs, grimpants,
Le parfum iris des iris violets,
La senteur vanille des iris jaunes
Le vent d’Espagne caresse le ciel de nuages pleine mer
Le temps coule encore
Tu parles
Je parle
Le chien dort sous le noyer
Une grosse branche croule au ras du sol
à la Saint-jean, avec 10 noix vertes et du vin de Lesquerde,
Du vin de noix,
Attendre encore un peu

Le temps s’immobilise, je me souviens…

Je retrouve le regard de mon grand-père,
Enchaîné à la scie hurlante de l’atelier
Le vert de ses yeux délavé par les ans
Sa présence calme à la terre
Cette longue patience en attente
Il porte sur lui l’odeur du bois,
Une odeur profonde et rude.
Au temps de la chasse, adossé au vieux chêne
Le fusil posé à terre, toujours inutile,
Prétexte
Dénouant la dernière écorce du carcan
Il s’ouvre à la forêt .
Les yeux perdus dans la haute futaie
Deux mains, rugueuses, sur les genoux
16h.
Il ouvre sa gibecière, la bouteille de muscat
De l’or au fond d’un verre

J’y trempe le bout de ma croûte de pain
J’ai dans la bouche le sucre des souvenirs
Au temps présent

vendredi 8 mai 2009

mon ombre


Mon ombre me suit ou me précède
Mon ombre est le portrait de mes vingt ans
Mon ombre ne craint pas le pas à pas du temps
Si je la cueille de mes mains tièdes
Elle fuit me laissant désabusée
Reflet émoussé
Effacé


Elle joue quatre horizons sans passé ni futur
Elle tapisse les fossés franchit les clôtures
Elle se dessine comme la ligne sans son point
Elle fripe à l’ombre des arbres comme parchemin
Elle flotte entre les eaux du jour et de la nuit
Elle frémit sans renier sa forme au gris de l’ennui

Mon ombre ouvre ma route et la balaye
Mon ombre lisse mes cicatrices
Mon ombre rit de la blessure des ronces.
Si de la pointe légère du pied
Je la caresse sans la déchirer
Sans maladresse
Tendresse

Elle précipite les rencontres en eaux vives
Elle dérive à leur surface jamais captive
Elle se rit des faux pas trébuchés et des drames
Elle ne redoute pas les creux du vague à l’âme
Elle se déploie au pur d’un azur aquarelle
Elle coule à la vie comme eau sempiternelle

Quand je sors promener mon ombre
Je fuis pour elle la pénombre
Le bas côté pour âme sombre
Qui ne se complait que dans l’ombre

Alors, en grande lumière et sans encombre
Fidèle elle me suit ou me précède, mon ombre

l'eau rage


Sens violence d’absence
La chute des apparences
Engloutit dans ses turbulences

L’eau rage
À la marge
De ma page

Notre histoire filée à l’anglaise
Coupe pilée de tes fadaises
Sang jamais sens délacer
Sens sans cesse dénoncé
Feu acéré bouleversant
D’un feu croisé agonisant
En avilissant bafouillage
Perçant fuseau de nos orages

L’eau rage
Sans ambage
À l’abordage

Le feu du corps à cœur
Tout de violence et d’humeur
Sale brouillon des désamours
Mourant dans le contre-jour
Du grand-écart à vivre à deux
Sens juste survivre cafardeux
Départ en guerre de lasse infortune
Pour déchanter de l’un à la une

L’eau rage
Sans battage
Pour bouclage

Crève le rêve et ne se pose pas
Pailleté au pas de tes pas
Mon monde ne valse plus rond
Compressé comme presse citron
Écorché sans suite détaché
De ces brèves à papier gâché
Les mots pleureront bagatelle
Pour un soir du désespoir d’elle


Et l’eau file
Coule agile
Le temps indélébile

D’argent au coeur de l’ennui
La lune se berce au creux du lit